PRESSE

DISCOURS D’OUVERTURE DU PRESIDENT DE L’APDP DANS LE CADRE DES MANIFESTATIONS DE LA JOURNÉE INTERNATIONALE DES DONNÉES PERSONNELLES ÉDITION 2020 ORGANISÉE EN PARTENARIAT
AVEC FACEBOOK

(Hôtel Novotel de Cotonou, le 03 février 2020)

C’est avec un immense plaisir que je prends la parole, ce lundi 03 février 2020, jour choisi de commun accord par l’Autorité de Protection des Données Personnelles (APDP) et Facebook pour organiser la présente rencontre autour de la problématique de la protection des données personnelles.

Je voudrais avant que d’aller plus loin dans mon propos, sacrifier à la tradition bien établie, en début de chaque année nouvelle. Je saisis donc l’occasion de cette cérémonie de lancement des activités entrant dans le cadre de la Journée internationale des données personnelles pour former, à chacun de nous, des vœux de robuste santé, de paix profonde et de bonheur au quotidien tout au long de cette année 2020 dont les jours s’égrènent inexorablement.

 Madame la représentante du département Afrique de Facebook ;
 Mesdames et Messieurs, les Hauts Responsables à divers niveaux
en vos rangs et qualités respectifs ;

Ainsi que vous le savez, l’Internet et les réseaux sociaux ont pris une place prépondérante dans nos sociétés modernes et dans nos vies respectives.

Les multiples et multiformes applications issues des technologies de l’information et de la communication numériques permettent des échanges de données de toutes natures qui ont incontestablement transformé le monde des affaires, du travail et même les administrations publiques.

Les Technologies de l’Information et de la Communication, les fameuses TIC sont aujourd’hui de puissants leviers de développement socio-économique à l’échelle de la planète. Mais ce formidable développement technologique n’est pas exempt de risques, de reproches et appelle même à la circonspection et partant, à la retenue dans leur utilisation au quotidien.

Ainsi, tous les citoyens, où qu’ils se trouvent dans le monde ; quel que soit le type d’activités auxquelles ils se livrent ; quels que soient leurs centres d’intérêt et leurs occupations professionnelles ou académiques, les hommes et les femmes sont liés les uns aux autres et échangent instantanément, faisant dès lors, de notre monde, un véritable village planétaire, grâce et par le truchement des réseaux sociaux.

Ce nouveau monde qualifié de 2.0 devient alors une gigantesque plateforme où des internautes affichent leurs vies privées et professionnelles, échangent leurs données personnelles, s’exposent en un mot au monde parce qu’ils sont devenus ou sont susceptibles de devenir des amis sur Facebook ou plus généralement sur les réseaux sociaux.

Pour la Cour de cassation française, dans un arrêt rendu en sa deuxième chambre civile le 5 janvier 2017, le terme « ami » utilisé « pour désigner les personnes qui acceptent d’entrer en contact par les réseaux sociaux ne renvoie pas à des relations d’amitié au sens traditionnel du terme (…) ; le réseau social étant simplement un moyen de communication spécifique entre des personnes qui partagent les mêmes centres d’intérêt…. ».

Aussi, au nom ou en raison de cette amitié ou encore de cette ouverture au monde, nombreux sont-ils ces internautes qui publient ou relaient des contenus illicites, des informations qui portent atteinte à l’ordre public, sans se soucier de leur e-réputation, ni même penser à leurs responsabilités et aux risques civils et pénaux encourus ou des conséquences sur leur vie personnelle ou professionnelle et sur celle des autres.

Au regard des dérives enregistrées, la plupart des Etats du monde ont apporté des réponses législatives adaptées à leurs réalités nationales.

Le législateur béninois en ce qui le concerne, a doté la République, de la loi n°2017-20 du 20 avril 2018 portant code du numérique qui a, entre autres, dévolu à l’Autorité de Protection des Données Personnelles que j’ai l’insigne honneur de présider, une mission spécifique : celle d’informer, de sensibiliser, d’appuyer par ses conseils et de contrôler toute personne physique, organisme public ou privé qui traite les données personnelles afin de prévenir les conséquences dommageables d’une utilisation illicite ou peu judicieuse des données personnelles.

Distingués invités,
Mesdames et messieurs,

La présente rencontre dont les travaux proprement dits vont s’ouvrir dans un instant, se justifie au regard des situations préjudiciables ou illégales ci-dessus évoquées.

La mondialisation et l’intensification de la collecte frauduleuse des données personnelles sur les réseaux sociaux, les fausses nouvelles (fake news) et autres actes criminels appellent une meilleure protection des données individuelles tant au plan national qu’international.

Dans cette perspective, la coopération internationale devient une impérieuse nécessité.

Pour l’APDP, la collaboration avec Facebook s’est imposée comme une évidence quand on réalise que ce réseau social est une machine aux tentacules multinationaux dont la première lettre compose le célèbre acronyme G.A.F.A.

Peut-être est-il utile de rappeler que cet acronyme GAFA désigne quatre des entreprises les plus puissantes du monde de l’internet (et du monde tout court !) à savoir : Google, Apple, Facebook et Amazon.

Avec l’importance croissante prise par internet dans la vie de tous les jours de millions d’humains, une régulation efficace et efficiente s’impose comme un impératif catégorique. La meilleure façon d’y parvenir consiste à trouver un espace collaboratif où l’ensemble des acteurs du monde de l’Internet : autorités publiques, fournisseurs d’accès internet et entreprises, travaillent en bonne intelligence, dans un esprit d’échanges de bonnes pratiques et dans une démarche prospective qui explore des pistes innovantes pour une meilleure protection des données personnelles.

Vous l’avez certainement remarqué. Je viens ainsi de décliner sous vos yeux, le contexte et la justification sommaire de la présente journée de réflexion autour du thème central : « Les données personnelles à l’ère du numérique et la vie privée sur les réseaux sociaux ».

Le document de déroulement pédagogique de notre rencontre, nous indique que nos réflexions de ce matin se mèneront autour de deux communications introductives et de deux panels animés par des experts et des professionnels du secteur du numérique et de la digitalisation.

Aussi, convient-il de le rappeler que prennent également part à cette rencontre, des représentants d’institutions de la République, Juristes, Magistrats, Avocats, Notaires, Huissiers de justice, Forces de sécurité publique, Economistes, Chercheurs et Universitaires, Acteurs de la société civile, Représentants d’Associations de consommateurs, Professionnels du secteur du numérique, Représentants d’Institution Financières, Responsables de Collectivités locales, Opérateurs économiques, Délégués à la Protection des Données des Ministères, Journalistes et Autres acteurs du monde des médias.

Je suis, d’ores et déjà, convaincu que nous aurons de riches et fructueux échanges si j’en juge par la qualité des participants.

Je ne doute donc pas un instant que nos échanges permettront une véritable prise de conscience individuelle et collective de la nécessité d’une meilleure protection de nos données personnelles et de notre vie privée.

Distingués invités,
Mesdames et messieurs,

Permettez-moi d’adresser mes sincères remerciements à notre partenaire Facebook qui a accepté d’accompagner l’APDP dans la concrétisation de l’initiative de ce jour par son appui technique et financier déterminant.

Je voudrais insister particulièrement sur l’ouverture d’esprit dont fait montre Facebook à travers sa politique de communication à l’égard des consommateurs.

La présence parmi nous de Madame Aïda Ndiaye, représentant le département Afrique de Facebook, en est une illustration patente.

J’ai également pour Monsieur Nicolas DeBouville un message de prompt rétablissement.

Je voudrais également remercier le Directeur Général de l’Agence pour le Développement du Numérique (ADN), Monsieur Serge ADJOVI, pour sa sollicitude permanente à l’égard de l’APDP et espérer voir concrétiser avec son agence des projets d’intérêt commun.

J’adresse ma profonde reconnaissance aux conseillers de l’APDP et à madame la Commissaire du Gouvernement pour leur accompagnement quotidien et leur soutien indéfectible aux actions de notre Institution.

A vous tous, distingués invités, mesdames et messieurs, je renouvelle ma gratitude pour votre présence ici ce matin. Mon vœu profond est que de nos discussions jaillissent des idées fécondes au soutien de la consolidation de la protection des données personnelles.

C’est sur cette foi et cette espérance que je voudrais déclarer, ce jour, lundi 03 février 2020, ouverts, les travaux de la rencontre organisée en partenariat avec Facebook.

Vive le partenariat APDP-Facebook !

Vive la protection des données personnelles à l’échelle de la planète.

Je vous remercie pour votre bienveillante attention.

Etienne Marie FIFATIN

Au Bénin comme dans tous les pays du monde, nous assistons à une explosion des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). L’on ne saurait imaginer aujourd’hui une administration, un commerce, une activité bancaire, etc. sans informatique : elle est au centre de nos activités professionnelles et même domestiques. Cependant, il importe que le développement des TIC se fasse dans le respect des droits et libertés des citoyens, fondement de nos sociétés démocratiques. « A l’ère des nouvelles technologies, le droit à la vie privée devient le droit des individus, des groupes et institutions de déterminer pour eux-mêmes quand, comment et dans quelle mesure l’information qui les concerne peut être communiquée à d’autres. » (Alan Westin).

C’est dans ce contexte et sous l’impulsion de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et des directives de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (directive n°1/2006/CM/UEMOA relative à l’harmonisation des politiques de contrôle et de régulation du secteur des télécommunications du 23 Mars 2006) que le Bénin a adopté la loi N°2009-09 du 22 mai 2009 portant protection des données à caractère personnel, juste avant le vote de la loi portant organisation du Recensement Electoral National Approfondi (RENA) et Etablissement de la Liste Electorale Permanente Informatisée (LEPI).

La présente communication qui porte sur les enjeux de la mise en place d’une autorité indépendante pour le respect du droit à la vie privée et la protection des données à caractère personnel au Bénin appréhendera les moyens légaux dont dispose la CNIL pour faire face aux menaces aux libertés dérivant de l’utilisation des TIC et s’articulera sur les principaux points suivant :

  • Fondements de la loi portant Protection des données à caractère personnel en République du Bénin (loi n° 2009-09 du 22 Mai 2009) ;
  • Définition de quelques concepts de la loi ;
  • Aperçu des structures qui manipulent les données à caractère personnel ;
  • Menaces liés à l’exploitation non contrôlée de ces données ;
  • Enjeux de la mise en place de la CNIL ;

I – Les fondements de la loi portant protection des données à caractère personnel

Au plan international,

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) du 10 Décembre 1948 en son article 12 stipule que « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteinte à son honneur et à sa réputation. Toute personne à droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. » Aussi, la déclaration des principes du sommet mondial de la société de l’information de Genève du 10-12 Décembre 2003 en son point 35 prévoit que « la protection de la vie privée du consommateur est l’un des préalables au développement de la société de l’information et à l’établissement de la confiance parmi les utilisateurs des TIC ».

Au plan communautaire,

Les normes consacrant la protection des données à caractère personnel et la vie privée sont constituées d’une part, des directives de l’Union Economique et Monétaire ouest Africaine (UEMOA), notamment la directive n°1/2006/CM/UEMOA relative à l’harmonisation des politiques de contrôle et de régulation du secteur des télécommunications du 23 Mars 2006, qui stipule que « les Etats membres veillent à ce que les missions de régulation du secteur soient exercées par des Autorités nationales de régulation en vue de la réalisation des objectifs suivants : la garantie des intérêts des populations (…) en assurant un niveau élevé de protection des données à caractère personnel et de la vie privée. » Aussi, la directive n°4/2006/CM/UEMOA relative au service universel et aux obligations de performance du réseau du 23 Mars 2006 en son article 3 prévoit-elle la nécessité pour les Etats, d’œuvrer à la protection des données à personnel et à la vie privée.

Au plan national,

La constitution du 11 Décembre 1990, déjà dans son préambule a affirmé la volonté de notre Etat de respecter les droits fondamentaux de l’Homme, les libertés publiques, la dignité de la personne humaine. Ensuite son article 15 précise que « Tout individu a le droit à la vie, à la liberté, à la sécurité et à l’intégrité de sa personne ».

Le respect de l’identité humaine, de la vie privée, des droits de l’homme et des libertés constitue donc le fondement de la loi 2009-09 du 22 Mai 2009 portant protection des données à caractère personnel en République du Bénin et a été réaffirmé comme principe en son article 2.

 

II – Définition de quelques concepts

2.1 Données à caractère personnel (au sens de la loi n°2009-09 du 22 Mai 2009)

On entend par  « données à caractère personnel » toute information relative à une personne  physique identifie ou susceptible de l’être, directement ou indirectement, par référence à un numéro d’identification ou à un ou plusieurs éléments qui lui sont propres. L’identification se fait à partir des moyens dont disposent ou auxquels peuvent avoir accès le responsable du traitement ou toute autre personne.

Une personne est «identifiée» lorsque par exemple son nom apparaît dans un fichier.

Une personne est «identifiable» lorsqu’un fichier comporte des informations permettant indirectement son identification (ex. : adresse IP, nom, n° d’immatriculation, n° de téléphone, photographie, éléments biométriques tels que l’empreinte digitale, ADN, numéro d’Identification Nationale Étudiant (INE), ensemble d’informations permettant de discriminer une personne au sein d’une population (certains fichiers statistiques) tels que le lieu de résidence, la profession, le sexe et âge…).

Des données que vous pourriez considérer comme anonymes peuvent constituer des données à caractère personnel si elles permettent d’identifier indirectement ou par recoupement d’informations, une personne précise. Il peut, en effet, s’agir d’informations qui ne sont pas associées au nom d’une personne mais qui permettent aisément de l’identifier et de connaître ses habitudes ou ses goûts.

2.2 Données sensibles

Les données sensibles sont celles qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appartenance syndicale des personnes, ou sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci. La collecte et le traitement de ces données sont interdits (Article 6)

Cependant, dans la mesure où la finalité du traitement l’exige, ne sont pas soumis à cette interdiction :

  • les traitements pour lesquels la personne concernée a donné son consentement exprès ;
  • les traitements justifiés par un intérêt public après autorisation de la CNIL.

La collecte et le traitement de ces données doivent dans ces hypothèses, être justifiés au cas par cas au regard des objectifs recherchés

Autres données à risque :

  • données génétiques,
  • données relatives aux infractions pénales, aux condamnations, à l’état de santé d’une personne etc.,
  • données comportant des appréciations sur les difficultés sociales des personnes,
  • données biométriques (L’ADN, la rétine, l’iris, les empreintes digitales, le contour de la main, …),

III- Risques liés à l’utilisation des données à caractère personnel

3.1 Aperçu des structures qui manipulent les données à caractère personnel

Il existe des services qui traditionnellement manipulent des données personnelles ; il s’agit :

  • Des services de sécurité qui collectent des informations pour constituer des fichiers sur des personnes suspectes ou auteurs de délits ;
  • Des services administratifs notamment les mairies, les préfectures, les services de l’immigration qui utilisent des données personnelles  servant à élaborer les cartes d’identité et les passeports ;
  • Des centres de santé élaborent des fichiers sur la santé des patients, notamment dans le cadre de la lutte contre certaines maladies. Dans ce cas, les données collectées sont de plus en plus sensibles ;
  • Des banques qui ouvrent un ou plusieurs dossiers pour chaque client : ces dossiers comportent des données personnelles, un numéro et d’autres informations non moins personnelles. La manipulation de ces informations est aujourd’hui exclusivement informatisées et un seul code suffit pour y avoir accès ;
  • Des institutions comme le port et l’aéroport utilisent des données biométriques pour mieux contrôler les accès ;
  • Les réseaux GSM ont organisé de vastes campagnes de collecte de données personnelles afin que chaque abonné soit identifiable ;
  • Les services d’immatriculation de véhicules possèdent une large banque de données qui permet de remonter à chaque propriétaire de vehicule à partir d’un numéro d’immatriculation.

Aujourd’hui, avec les progrès des TIC, nous assistons à une intensification des stratégies de sécurisation et de contrôle, par la mise en place de fichiers utilisant des données de plus en plus sensibles. Plus aucun secteur de la vie n’échappe à cette tendance.

Ainsi, des données biométriques sont-elles collectées, numérisées, enregistrées, organisées, conservées, consultées et utilisées par les responsables des traitements sans requérir l’avis de l’autorité en charge du contrôle de la création de ces traitements. On peut citer pêle-mêle :

  • L’établissement de la Liste Electorale Permanente Informatisée (LEPI). Cette énorme base de données comprend outre les données biométriques des citoyens, les références GPS des lieux de résidence de personnes recensées ;
  • Le Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) organisé tous les 10 ans par l’Institut National de Statistique et d’Analyse Economique (INSAE) collecte des données sur la population, données conservées dans des fichiers numériques ;
  • La mise en place de systèmes d’accès biométrique pour accroître la sécurité dans les ministères et autres administration ;
  • Le recensement biométrique des agents de l’Etat (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Tchad, République Démocratique du Congo) afin de maîtriser les effectifs des fonctionnaires de l’Etat ;
  • La mise en place de réformes au Port Autonome de Cotonou (PAC) avec pour objectif de renforcer la sécurité par un meilleur système d’identification des utilisateurs ;
  • Le recensement biométrique des femmes bénéficiaires des microcrédits au plus pauvres afin d’éviter les crédits multiples ;
  • La mise en place de systèmes d’assurance maladie avec parfois création de fichiers sanitaires sur les bénéficiaires etc.

A cela s’ajoutent l’utilisation de l’informatique dans le monde des affaires (e-commerce, e-banking, marketing), la télécommunication (GSM), le développement des réseaux sociaux (Facebook, Twitter), la géolocalisation  (Google street view, GPS), la vidéosurveillance,  l’utilisation des profils d’ADN à des fins d’enquêtes de police, etc…

Dans la plupart des cas, ces bases sont mises en activité de façon illégale. L’illégalité est fondée parfois sur le contenu de la base et sûrement sur l’absence de déclaration à la Commission. Ce défaut de declaration auprès de la CNIL présente des risques. La collecte, l’enregistrement, l’organisation, la conservation, l’adaptation ou la modification, l’extraction, la consultation, l’utilisation, la communication par transmission, la diffusion ou toute autre forme de mise à disposition, le rapprochement ou l’interconnexion, ainsi que le verrouillage, l’effacement ou la destruction de ces bases peuvent porter atteinte à l’identité humaine, à la vie privée de l’individu, aux droits de l’homme, aux libertés publiques, individuelles ou collectives. Quelques exemples seront développés ici:

3.2 Risques liés à la collecte de données personnelles

  • Collecte de données sans consentement des personnes concernées ;
  • Collecte de données sensibles telles que la région d’origine, l’ethnie, la religion, la race etc.
  • Collecte de données inexactes.

3.3 Risques liés à l’utilisation des données

  • Etablissements d’actes et de conventions par une utilisation frauduleuse de données personnelles surtout dans notre pays où des parties signent encore à l’aide des empreintes digitales ; ceci accroit l’insécurité dans les transactions foncières ;
  • Distribution non consentante de publicités par les réseaux GSM ;
  • Utilisations frauduleuses des adresses e-mails et des numéros GSM par des arnaqueurs ;
  • En Novembre 2015, le Président Nigérian a demandé à MTN le versement d’une amende de $ 5 milliards pour ne s’être pas conformé à la décision de l’Etat Fédéral de faire suspendre les lignes des abonnés non enregistrés. L’amende a été ramenée à $ 3,5 milliards lorsque la Société a demandé l’indulgence du Président.
  • Sur le plan international, nous avons encore en mémoire l’affaire WikiLeaks[1]. Au-delà des informations stratégiques publiées par le site, l’affaire concerne aussi la mise en ligne de correspondances personnelles.

3.4 Risques liés à l’interconnexion

Aujourd’hui; il est possible de façon officielle ou frauduleuse, à l’aide de puissants moteurs de recherche, de réaliser l’interconnexion de fichiers d’origines diverses. Il peut s’agir de fichiers d’état civil, d’immatriculation de véhicules, de fichiers sanitaires, de la LEPI, des données bancaires etc. Une remarque s’impose : nous sommes désormais nus, il suffit de connaître le nom d’une personne ou même le numéro d’immatriculation d’un véhicule pour voir s’afficher à l’écran d’un ordinateur toute la vie de l’individu concerné.

  • Les nouvelles Cartes Nationales d’Identité comportent désormais le numéro de téléphone du citoyen. Cette information est certes utile pour le citoyen mais elle est illégale par l’absence de déclaration à la CNIL.
    Par ailleurs, elle représente un exemple d’interconnexion de données introduite sans qu’aucun débat ne soit mené sur le consentement des citoyens.
  • Aux Etats Unis d’Amérique par exemple, les parties politiques utilisent un système de « recoupement informatique des données personnelles » pour identifier les électeurs encore indécis afin de mettre en place des stratégies personnalisées pour les convaincre. Ceci démontre l’importance des défis des organes de protection des données à caractère personnel et du contrôle des traitements.

IV- Enjeux de la mise en place de la CNIL au Bénin

4.1 Rappel de la Mission de la CNIL

La définition et la mission de la CNIL sont prévues aux articles 19 et 20 de la loi informatique et libertés puis aux articles 1 et du règlement intérieur de la Commission.

« La CNIL est un organisme de protection des données à caractère personnel et de contrôle de leur traitement.

La Commission est une structure administrative indépendante. Elle exerce une mission de service public. Elle est dotée de la personnalité juridique, de l’autonomie financière administrative et de gestion. La commission ne reçoit d’instructions d’aucune autorité administrative ou politique. »

« La Commission veille à l’application des dispositions de la loi N° 2009-09 du 22 Mai 2009 portant protection des données à caractère personnel en République du Bénin. »

4.2 Les Enjeux proprement dit

Les enjeux de la Commission sont définis par l’article 21 de la loi informatique et libertés.

Ainsi, la CNIL:

1. Informe et conseille toutes les personnes concernées et les responsables de traitement de leurs droits et obligations;

La loi impose que tout traitement de données personnelles fasse l’objet de formalités préalables (déclaration, demande d’autorisation)auprès de la CNIL, sous peine de sanctions pénales.

Il s’agit en particulier:

  • Des traitements comportant un numéro national d’identification ainsi que tous traitements de portée nationale recensant tout ou partie de la population ;
  • Des traitements comportant des données biométriques nécessaires au contrôle de l’identité des personnes ;
  • Des traitements comportant des données relatives à la santé des personnes ou à leur situation ;
  • Des traitements comportant des données relatives aux infractions et condamnations ;
  • Des traitements intéressant la sûreté de l’Etat, la défense ou la sécurité publique et ceux qui ont pour objet la prévention, la recherche, la constatation ou la poursuite des infractions pénales ou l’exécution des condamnations pénales ;
  • Des traitements ayant pour objet l’interconnexion des fichiers correspondant à des intérêts différents ;
  • Des traitements pouvant exclure des personnes du bénéfice d’un droit, d’une prestation ou d’un contrat ;
  • Des traitements prévoyant des transferts des données personnelles à destination d’autres Etats lorsque le traitement garantit un niveau de protection suffisant de la vie privée ainsi que des libertés et droits fondamentaux des personnes, notamment en raison des clauses contractuelles ou règles internes dont il fait l’objet.

2. Contrôle la création et la mise en œuvre des traitements : vérifier la conformité des conditions générales d’utilisation et la politique de confidentialité des entreprises avec les dispositions de la loi.

3. Reçoit les réclamations, pétitions et plaintes relatives à la mise en œuvre des traitements des données à caractère personnel ;

4. Informe le Procureur de la République des violations des dispositions de la loi n°2009-09 du 22 Mai 2009 ;

Exemple : Google Inc. a décidé le 1er mars 2013 de fusionner toutes les différentes règles de confidentialité applicables à tous ses services. La CNIL (française) a prononcé, la plus haute sanction pécuniaire s’élevant à 150 000 euros.

5. Veille aux évolutions des technologies de l’information et de la communication et rendre publique son appréciation des conséquences de ces évolutions sur la protection des libertés et de la vie privée ;

6. Transmet aux pouvoirs publics, les propositions de modification législatives ou réglementaires qui lui semble susceptibles d’améliorer la protection des personnes à l’encontre de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication.

Ces enjeux doivent être perçus comme des défis. Dans la pratique, le défi de la protection des données à caractère personnelle est de faire de LA PROTECTION DES DONNEES PERSONNELLES UN DROIT FONDAMENTAL. En voici les grands domaines :

  1. La protection des droits de l’individu en environnement numérique : Les technologies actuelles (et surtout à venir) permettent de tout savoir sur un individu dans l’espace et dans le temps (temps passé et bientôt dans le temps futur), par la collecte et le traitement de données sur cette personne. L’usage que l’on pourrait faire de ces technologies peut être attentatoire à nos libertés fondamentales.
  2. Protéger la vie privée de l’individu (Privacy, privacité ): L’enjeu de la protection des données personnelles, les libertés individuelles et publiques, les droits du citoyen dans une démocratie à protéger son identité et son intimité du regard de l’Etat, l’Etat garant de cette protection;
  3. Protéger les libertés fondamentales dans le contexte d’insécurité : l’enjeu de la protection des données personnelles dans un contexte ETAT Sécurité & Défense. Les technologies sont utilisées pour assurer la sécurité collective des personnes et la défense des intérêts de notre pays.

Le niveau de déploiement de ces technologies a des conséquences directes sur nos libertés fondamentales et nécessite un contrôle.

4. Protéger l’individu face à la Puissance des technologies et leurs risques L’ETAT Sécurité & Défense Utilisation des technologies pour :

  • l’identification et l’authentification : biométrie (éléments du corps identifiant la personne), vidéo & audio-surveillance,
  • le traçage : navigation sur le web (cookies …) , géolocalisation (GPS …), nanotechnologies (puces RFID, …),
  • la prédiction comportementale : profilage, analyse statistiques, …
  • tendance : le couplage de plusieurs technologies et le croisement intelligent des données.

5. Protéger le citoyen parce que les données personnelles ont une valeur marchande : des informations personnelles sont nécessaires aux fournisseurs de service (en ligne ou non) pour offrir des services personnalisés performants à leurs utilisateurs – Exemples : Télépéage, paiement par carte bancaire, achats en ligne, informations ciblées etc. La réutilisation de ces données pour proposer des services payants ciblés sur nos besoins et envies est souvent la contrepartie de la gratuité de beaucoup de ces services.

6. Protéger l’individu de la dépendance aux reseaux sociaux « gratuits »: les grands services de l’internet collectant et utilisant les données personnelles de leurs utilisateurs

  •  Médias sociaux
  • Stockage dans le nuage (Cloud)
  • Publication (blogs, wiki… )
  • Information • Réseaux sociaux
  • News, météo, santé …
  • Partage (textes, photos,
  • Localisation vidéos, musique)
  • Cartes, points d’intérêt, …
  • Moteurs de recherche
  • Divertissement La production
  • Jeux, films, vidéos, musique et la communication
  • E-commerce • Communication indirecte de données
  • E-mails, audio (Voix sur IP),
  • Objets communicants visioconférence, messagerie, WhatsApp
  • GPS, Bluetooth, …

Il s’avère donc indispensable de protéger les droits de l’individu dans une société où tout le monde est surveillé.